• Les vertiges de la tueuse
Les vertiges de la tueuse

Les vertiges de la tueuse

Sous les tendres caresses de son amant, Apolline Vinteuil se redressa comme si un frelon venait de la piquer. Durant un instant très court, le docteur Philippe Lenobres eut l'impression que son visage n'était plus qu'un concentré de haine. Une haine dirigée contre lui. Mais, la fraction de seconde suivante, Apolline retrouva son sourire sensuel, avant de descendre de la table d'auscultation et de rabattre sur son corps les pans de la blouse. - Je n'ai pas joui... fit humblement observer Philippe Lenobres, avec un mouvement de menton en direction de son ventre. - C'est bien... c'est très bien... murmura Apolline, d'une voix étrange­ment lointaine. Tu vas avoir ta récompense à présent. Des sensations comme tu n'en as jamais connues. Et comme tu n'en connaîtras plus jamais... Pendant qu'elle disait cela, elle avait glissé ses deux mains dans les poches de la blouse. Et refermé ses doigts sur les lanières de nylon, à droite, et sur le rasoir, à gauche. Extrait du livre : Au moment précis où Apolline Vinteuil tournait le coin de la rue de Clichy, elle sentit son coeur se mettre à battre un peu plus fort, dans sa poitrine menue. Et si l'homme avec lequel elle avait rendez-vous, dans la grande brasserie de la place de Clichy, avait finalement décidé de lui faire faux bond ? La jeune femme aux longs cheveux noirs, à la silhouette élancée, continua d'avancer sur le trottoir en pente légèrement descendante, sans paraître voir les nombreux passants entre lesquels elle était obligée de louvoyer. Apolline respira deux ou trois fois à fond, histoire de retrouver tout son calme. Cette maîtrise d'elle-même qui, par trois fois déjà, lui avait valu les plus parfaits succès dans l'entreprise qu'elle avait décidé de mener à bien. Et que rien ne lui ferait abandonner avant terme. Il n'y avait aucune raison que celui qu'elle allait rejoindre ait finalement préféré se dérober. Lors de leur première et unique rencontre, trois jours plus tôt, elle avait très bien senti qu'il était solidement accroché. Il faut dire qu'avec son visage triangulaire, à la peau très pâle, mangé par deux immenses yeux bleus, capables de virer au violet lorsque la colère l'empoignait, avec ses hanches étroites et ses petits seins fermes, une silhouette qui la faisait paraître cinq ou six ans de moins que ses 33 ans réels, Apolline Vinteuil laissait rarement les hommes indifférents. L'inverse n'était pas vrai, en revanche. À l'ex­ception d'un nombre restreint et précis de ses membres, Apolline se fichait complètement des mâles de l'espèce. Voir la suite

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  • Vauvenargues Gerard De Villiers

  • Brigade Mondaine, numéro 284